vendredi 3 mai 2013

Certificats Greenpalm, kézaco?

Il est grand temps de se pencher davantage sur ces fameux certificats verts, les "certificats GreenPalm" pour être précis. Je vous préviens, si vous êtes comme moi plutôt dubitatifs sur la RSPO (voir le billet à ce sujet), ça risque de vous laisser sceptiques. Je les cite:

"GreenPalm est un site de négoce de certificats en ligne conçu pour lutter contre les problèmes environnementaux et sociaux causés par la production d’huile de palme.
Exclusivement approuvé par la Table Ronde sur l’Huile de Palme (RSPO) le programme GreenPalm  s’appuie sur le principe que la meilleure façon d’encourager les gens à travailler de façon durable est de les récompenser." 

Bon. Disons qu'on y croit, qu'on oublie nos doutes sur la RSPO, qu'on a la foi. Pour faire avancer l'âne, il faut une carotte, c'est vrai.

"Les producteurs de palme durable certifiée par la RSPO sont invités à enregistrer une partie de leur récolte sur le programme GreenPalm. Ils reçoivent un certificat GreenPalm par tonne d’huile de palme durable. Ils peuvent ensuite vendre ces certificats sur la plate-forme GreenPalm de négoce en ligne.
Les fabricants et détaillants peuvent ensuite proposer un prix et acheter ces certificats en ligne afin de promouvoir leur soutien à la production durable de l’huile de palme. Les consommateurs peuvent ensuite faire des achats responsables pour l’environnement. L’huile de palme est ensuite vendue, traitée et achetée de la façon habituelle."

J'avoue que ça me fait grave penser à l'achat d'indulgences au Moyen-Age.

Si je comprends bien: un producteur d'huile de palme durable (on a dit qu'on ne rigolait pas, là au fond!) enregistre une partie de sa récolte et reçoit un ticket d'or de Willy Wonka par tonne produite. Il vend ensuite son ticket d'or à l'industriel le plus offrant, qui s'est donc acheté une conscience sans rien changer à ses procédés habituels. Le consommateur achète de la palme pas forcément durable MAIS à quelqu'un qui a donné un peu d'argent à un producteur de palme durable (désignée durable par la RSPO, on le rappelle ) et a acquis le droit d'estampiller ses produits avec un joli logo.

Le joli logo en question.


Le consommateur se base sur un logo GreenPalm pour acheter un produit ne contenant pas forcément de palme durable.

Le consommateur risque peut-être un petit peu d'être pris pour un jambon induit en erreur, je crois.

Un dernier résumé grossier:

Fabien vend de la pâte brisée. Il aime bien utiliser de l'huile de palme pour sa pâte brisée, parce que c'est vraiment pas cher et plus facile à travailler. Malheureusement, ces empêcheurs de tourner en rond d'écologistes commencent à remuer un peu l'opinion publique, et ce n'est pas bon pour les affaires.
Fabien va donc sur l'e-bay de l'industriel qui aime la palme, achète des tickets d'or de Willy Wonka, et ajoute un petit logo rigolo sur l'emballage de ses pâtes brisées, sans changer sa recette d'un poil. Pif paf je t'embrouille. Tout le monde est content.



C'est mieux que rien, évidemment. Si on veut croire très fort à l'huile de palme durable, y consacrer un peu d'argent, c'est mieux que de piller les forêts en toute impunité et en s'en mettant plein les fouilles. C'est un bon petit début. 

Je déplore quand même un manque terrible de transparence vis-à-vis du consommateur. Celui qui compte s'intéresser un peu à sa consommation d'huile de palme va-t-il forcément avoir le temps de vérifier les labels et ce qu'ils représentent? Comprendra-t-il qu'il achète un produit contenant de la bête huile de palme de source pas forcément durable?

Franchement, j'ai un gros doute.



Un article supplémentaire pour ceux qui ne craignent pas l'anglais: "GreenPalm Certificates: Good Tool, Bad Strategy" (du site de la campagne Unless du zoo de Philadelphie). L'article explique en gros que les certificats sont un bon outil pour assurer la transition vers une production durable, mais ne devraient donc être utilisés que temporairement. En se contentant de payer leurs certificats, les compagnies ne remettent pas en question leurs propres chaînes de production et ne créent pas de demande pour une production d'huile de palme durable avec une meilleure traçabilité.

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